Coaching : histoire, développement, formation. PP


Coaching : histoire, développement, formation.
Philippe Parageaud

C’est dans les années 50-60 quel’ on voit apparaître les premiers coachs aux USA. « D’abord destinés aux stars de cinémas pour les épauler moralement, personnellement et professionnellement, le coaching s’est ensuite développé dans le milieu sportif » (Angel,  Amar,  Devienne et  Tence, 2007).  Dans les années 80 Le coaching en entreprise apparait aux USA, puis traverse l’Atlantique pour gagner l’Europe. En France, le coaching est également apparu par le milieu sportif puis, dans les années 1990, la profession investit  les entreprises grâce à des précurseurs comme Vincent Lenhardt. « Les chefs d’entreprise ont vite décelé que le monde du business n’avait pas grand-chose à envier aux terrains de sport question concurrence, âpreté des combats et besoin de dépassement … pourquoi pas nous  se sont-ils demandés? » (Angel,  Amar,  Devienne et  Tence, 2007). Le coaching est alors dévolu aux dirigeants et aux cadres, puis il s’étend à aux haut potentiels et aux managers. Les bons résultats du coaching individuel incitent depuis quelques années les entreprises à l’utiliser au profit des équipes. « Il en va d’une équipe comme d’une personne : pour qu’elle parvienne à apporter ses réponses aux questions et aux défis rencontrés, pour affronter le changement notamment, elle peut avoir un grand besoin de l’intervention d’un…coach », (Moral et Giffard, 2008, p.134). Dans les années 1995, les premières formations au coaching apparaissent. 

C’est dans le contexte compétitif d’une société, à la recherche de performance individuelle et collective, d’optimisation des potentiels  (de l’individu, de l’équipe, de l’organisation), que le coaching a connu son essor. « A un niveau sociétal, le coaching répond à un environnement économique de plus en plus compétitif et complexe qui demande une plus grande flexibilité dans les compétences et les comportements : réorganisations, internationalisation, délocalisations, évolution des méthodes de management et d’évaluation, émergence de nouvelles technologies sont quelques-uns des phénomènes qui appellent des changements plus fréquents et une capacité d’adaptation plus grande» (Angel et Amar, 2005, p.12).


Les fondements théoriques du coaching

Le coaching n’a pas développé de modèle propre. Il est au carrefour de la psychologie, de la sociologie et de la théorie des organisations, du management... Il s’appuie principalement sur des sources issues des théories de l’apprentissage, des courants comportementalistes et constructiviste, de l’approche systémique, de la psychanalyse et de la psychologie humaniste. Les formation de coachs empruntent à ces différents courants.
Nous pensons qu’il est important de bien connaitre les principaux courants à l’origine du coaching pour deux raisons :
1 Le coach peut être amené à expliciter les fondements théoriques de sa pratique ;
2 Le coach est amené à utiliser dans sa pratique des outils issus de ses courants.
Nous aborderons successivement les courants comportementalistes, constructiviste, l’approche psychanalytique, l’approche systémique et la psychologie humaniste.

Le comportementalisme  (Pavlov)
Le comportementalisme est l’étude expérimentale des comportements observables issus notamment les travaux de Pavlov et son protocole stimulus-réponse.
Toute référence à la conscience est écartée et l’on se contente d’observer des stimuli et des réponses. L’individu est considéré comme une « boite noire » à laquelle on ne cherche pas à avoir accès. Le comportementalisme ne s’attache pas à connaître les déterminations internes à l’individu. Il se base sur l’observation. Son domaine d’étude est constitué des comportements simples vu comme des réponses à des stimulations.
Les ancrages, outils de programmation neuro linguistique (PNL), font appel à ce processus de stimulus / réponse. 
             
Le constructivisme (Piaget - Bateson – Watzlawick)
Le constructivisme est une théorie de l'apprentissage initié par Jean PIAGET en réaction au comportementalisme et au béhaviorisme qui, selon lui, limitaient trop l’apprentissage à la notion de stimulus-réponse. Le constructivisme tient compte des conceptions préalables de la personne et suppose que les savoirs de chaque sujet ne sont pas une « copie » de la réalité, mais une « (re)construction » de connaissances déjà acquises. Il s'attache à étudier les mécanismes et processus permettant la construction de cette réalité à partir d'éléments de représentations plus anciennes. Selon Watzlawick, : « les individus  invente  leur propre réalité ».  (Watzlawick 1997)


L’approche psychanalytique (Freud, Jung, Lacan)
Le principe est de comprendre et revivre, au travers d’un coaching orienté psychanalyse, des éléments du  passé pour se débarrasser des difficultés ou des blocages à l’origine de « compulsion de répétition »*. Les objectifs du coach psychanalyste sont principalement d’aider le patient à prendre conscience de certaines significations cachées de ses difficultés et d’acquérir une plus grande lucidité sur lui-même. Elles s’inscrivent souvent dans la durée.
Le coach psychanalyste exprime peu de soutien au coaché ce qui peut réduire l’efficacité à modifier les comportements.
* « scénario de vie » en l’analyse transactionnelle.

Le courant humaniste (Maslow, Erickson, Berne, Perl, Bandler et Grinder…)
« Les théories humanistes recouvrent un large champ qui prend naissance dans les années 30 en réaction aux deux principaux courants psychanalytique et comportementaliste. Ces théories reprochent à la psychanalyse de déposséder l’homme de lui-même en en faisant une victime  de son inconscient et de pulsions qui le dépassent. Elles s’élèvent par ailleurs contre la conception comportementaliste ou behavioriste qui étudierait le fonctionnement humain au travers d’une relation causale « stimulus / réponse » qui risque selon elles de réduire l’homme a une sorte de robot » (Angel et Amar 2005)

Le psychologue MASLOW a abouti à la distinction de 6 besoins fondamentaux de la personne au travail : physiologiques, de sécurité, d’appartenance, d’estime et réalisation de soi.
  
Le coaching emprunte au courant humaniste plusieurs de ses fondamentaux : « il y trouve une conception de l’homme qui revendique une présomption de compétences, de capacités, de potentiel à développer pour celui-ci. […] Cette attitude de confiance dans l’autre fonde le travail de co-construction à l’œuvre dans le coaching […] [et] est aussi un appel à la responsabilité de l’autre dans ses valeurs et dans ses choix » (Angel & Amar 2005).

Il en découle la construction de l’alliance entre coach et coaché, la non directivité, la communication non verbale, l’écoute, l’idée que le respect de soi  implique celui de l’autre.

Alors que les courants psychanalytiques cherchent à expliquer les douleurs du client par des difficultés survenues dans la première enfance, la plupart des courants  les plus récents sont centrées sur « ici et maintenant » et visent à traiter les problèmes sans se préoccuper de leurs origines. C’est le cas entre-autre de la gestalt, de l’hypnose Eriksonienne, de la PNL, de la systémique, du coaching orienté solution…

L’Approche systémique
L’approche systémique qui apparait dans les années  50 voit l’individu en perpétuelle interaction avec son environnement. L’attention est portée sur le contexte relationnel dans lequel interagit son client et sur la résistance naturelle au changement de tout système. Des figures de proue de cette approche comme Jay Haley, John Weakland  et Paul Watzlawick, à travers l’école de Palo Alto* développe cette pensée à partir d’une théorie de la communication qui initie le mouvement des thérapies familiales puis plus tard des thérapies brèves.
*L’école de Palo Alto qui est issue des travaux de Milton Erickson et Grégory Bateson est une dénomination générique pour désigner un ensemble de chercheurs ayant travaillé ensemble dans la petite ville de Palo-Alto près de San Francisco au Mental Research Institute (MRI).


Définir le coaching

Du fait de la diversité des approches, des pratiques et des courants de pensée, il n’existe pas une mais de nombreuses définitions du coaching.  Le Larousse donne du coach la définition suivante : « dans une entreprise, conseiller professionnel d’un salarié dont il cherche à développer les performances ». Pour Jean-Pierre KORCZAK: « le coach est un acteur de la régulation dans l’entreprise ». (Korczak JP, Cours DU coaching IAE de Bordeaux 2012, Techniques de communication)
Pour Vincent Lenhardt le coaching est : « à la fois une aide et une co-construction offerte à une personne ou une équipe à travers un accompagnement vécu dans la durée. Cette aide et cette co-construction… sinscrivent dans une situation professionnelle, et/ou managériale et/ou organisationnelle. Elles visent à créer les conditions de résolution, pour la personne ou léquipe coachée, et se situent dans la perspective dun développement à la fois durable et global » (Lenhardt, 2007). Pour Stéphane Seiracq le coaching est : « l’accompagnement par un tiers, d’une personne ou d’un collectif, dans un but de développement, afin d’atteindre un objectif cadré dans le temps, que la personne ou le collectif s’est lui-même fixé » (Seiracq 2012)1. Pour Jean Frédéric Buzzi c’est : « l’accompagnement individualisé d’un salarié d’entreprise » (Buzzi JF, Cours DU coaching IAE de Bordeaux 2012, la posture de coach). La Société Française de coaching (SFcoach) donne la définition suivante : « Le coaching professionnel est l'accompagnement de personnes ou d'équipes pour le développement de leurs potentiels et de leurs savoir-faire dans le cadre d'objectifs professionnels ».
Nous retenons de  définitions que le "coaching" s'inscrit dans une démarche d'accompagnement et évoque la recherche de développement dans le milieu professionnel.

Notre définition : « Le coaching est un accompagnement de personnes ou d’équipes, centré sur des objectifs professionnels, destiné au développement de potentiel et de savoir-faire ».

Si définir le coaching n’a rien d’évident, il est en revanche plus simple de le positionner en référence à ce qu’il n’est pas. Le coaching n’est ni du conseil, ni de la thérapie, ni du mentorat, ni du tutorat, ni de la formation bien qu’il n’en soit pas très éloigné. 
Un bémol toutefois ; si le coaching n’est pas ce qui vient d’être cité (conseil, thérapie, mentorat, tutorat, formation), une séance de coaching peut comporter un ou plusieurs de ces éléments à condition que le coach reste dans une dominante de coaching.

De même, l’orientation du coach vers un courant de pensée ou un modèle précis influencera nécessairement sa posture. Exemple : un coach issu du courant thérapeutique intégrera probablement d’avantage dans sa pratique des concepts ou des outils issus de ce courant qu’un coach se référant à un courant différent. Pour les futurs coachs le choix de la formation initiale et des modèles qu'il utilisera  dans sa pratique revêt une grande importance.



BIBLIOGRAPHIE
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Cardon (2003),  Le coaching d’équipe, Editions d’organisation
Crabié (2013),  La posture de coach, syllabus de cours du DU coaching de lIAE de Bordeaux.
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Dupont et Maréchal (2007), Coaching d’équipe, cités dans l’ouvrage Angel, Amar, Devienne et Tence (2007),  Dictionnaire des coachings, Dunod
Giffard et Moral (2010),  Coaching d’équipe outils et pratique, Armand Colin
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Parageaud et Tronville (2013), Manuel des bonnes pratiques du coaching, groupe de pairs, IAE de Bordeaux.
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Seiracq (2013)1, La maitrise de l’entretien, support de cours du DU coaching de lIAE de Bordeaux.
Seiracq (2013)2, Lanalyse de la demande, support de cours du DU coaching de lIAE de Bordeaux.
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Philippe Parageaud
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